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mardi 2 septembre 2008

Photométrie (part 1).

Une petite parenthèse dans la prépa du film de Michaël Barocas: pour cette prépa (et pour toutes les autres d'ailleurs), je dois effectuer des calculs photométriques afin de déterminer les sources nécessaires à la bonne exposition de ce plan séquence. C'est une technique et une démarche utile et indispensable à tout travail de prépa d'un tournage.
En effet, comment déterminer quelles sources commander, de quelle puissance ?
Tous les fabricants ou presque donnent des données photométriques correspondant à leurs différents projecteurs. Celles ci consistent en un tableau ou un croquis exposant une valeur d'éclairement en fonction de la focalisation (flood ou spot), des lentilles pour les modèles dis "par" (wide, spot, fresnel, nid d'abeille) et de leur distance par rapport au sujet.
Prenons un exemple: Kinoflo.

Que nous raconte ce tableau ? Dans le tableau du haut, les données sont en mesures anglo-saxonnes, dans celui du bas, en mètres. Concentrons nous sur le second. On peut lire qu'un kinoflo 4 tubes 120 (4 feet, 4 bank) nous donne 775 Lux à 2 mètres. Bien. Et ? Et bien allons de ce pas sur le site de Kodak afin de voir ce qu'ils nous racontent:

Flûte ! Ils parlent de Foot-Candle. Mais ils donnent une information intéressante: le nombre de FC (Foot Candles) nécessaires pour un diaph donné. Disons que je souhaite afficher 5,6 de diaph: j'ai besoin de 160 FC pour l'obtenir. Ok, vous vous dites. Mais en Lux, ça donne quoi ? Et bien voici la formule pour le calculer: 1 FC= 10,764 Lux et 1 Lux= 0,0929 FC. Donc, si je veux qu'à 5,6 de diaph la lumière soit bien exposée de façon "neutre", donc à l'équilibre (obtenir un gris neutre à 18% - j'en parlerai si vous me le faites savoir), je calcule ce que donne 160 FC en Lux: 160*10,764= 1722,24.
Si on regarde ce que cela donne dans le tableau de chez Kinoflo, cela donne une source située entre 1 mètre et 1,5 mètre. Soit. Retournons plutôt le calcul. Je veux savoir quel diaph me donnera un Kino 4 tubes 120 à 2 mètres avec une pellicule Kodak 250D (Daylight - lumière du jour) à deux mètres du sujet: Je prends la valeur en Lux à 2 mètres de la source, soit 775 Lux. Et j'opère le calcul suivant: 775*0,0929=71,99, arrondi à 72 FC. Et je regarde ce que donne 72 FC dans le tableau Kodak: à peine en dessous de 4 de diaph. Ce qui signifie que le Kino donnera un éclairage à deux mètres sous exposé d'un peu plus de un diaph par rapport à mon exposition choisie.
Maintenant, deux solutions: soit cela fonctionne par rapport à votre choix (le Kino éclaire un mur au fond), soit cela est insuffisant et il vous faut chercher une source qui vous donne la bonne exposition.

Un dernier conseil: prenez un peu de marge par rapport aux données constructeur, au pire, vous diffuserez un peu ou mettrez une gélatine neutre. Il est plus facile de perdre du diaph sur une source que d'en gagner.

5 commentaires:

Kevin L. a dit…

Bonjour Christophe,
Je viens de découvrir ton site via cinematographie.info, et je dois dire que cet article m'a particulièrement intéressé...
A vrai dire ça fait bientôt 2 heures que je navigue entre les sites de Kodak, des constructeurs de sources, mes vieux cours d'éclairage et ma cellule...
J'aime me prétendre chef opérateur, mais modestement je n'ai tourné qu'en vidéo (SD & HD), et rien de tel que te lire pour me redonner toute la hâte de pouvoir tourner en film quand l'occasion m'en sera donnée. En attendant, la case électro est une bonne piste...
A mon grand désarroi, je n'ai pas suivi les cours d'écoles me permettant de me familiariser à la pellicule, mais rien ne vaut le bon vieil espoir.
Bref, plus sérieusement et en arrêtant de me lamenter, merci pour cet article en particulier, en espérant pouvoir te croiser sur un plateau.
Et bonne continuation ;-)

Christophe Larue a dit…

Merci Kevin pour ce commentaire.
J'espère que ce site t'a aidé à comprendre certaines notions, et n'hésites surtout pas à me poser d'autres questions.
En effet, je me suis retrouvé dans ton cas, et j'essaye de créer le site que j'aurais aimé trouver à l'époque où la photométrie me paraissait incompréhensible.
Bon courage, à très vite.

Anonyme a dit…

Bonjour,

J'ai une autre question ! (si cela fait trop, n'hésitez pas à m'arrêter, je ne veux pas vous prendre trop de votre temps, c'est ce qu'on a de plus précieux).

Je comprend la mécanique. N'ayant jamais eu de cours d'éclairage à mon école (ca va venir d'ici peu de temps) mais ayant déjà fait la photo de courts métrages/clip/fausses pubs d'amis avec des caméras numériques, il y a une donnée que je ne comprend pas. (moi je fais bêtement l'aller et retour entre l'œilleton et les quelques projos à ma disposition)

Certes, si un éclairage nous parait bon à l'œil c'est qu'il n'est pas bon, puisque l'important est ce qui est enregistré sur la caméra. Donc il faut comprendre comment la caméra capte la lumière que l'on installe.

Le lux, qui visiblement s'étale sur des échelles très grandes, c'est particulièrement abstrait, comme données. Comment peut on dire "je veux tant de lux" ? . On s'est fait un dossier personnel avec pleins d'images qui correspondent à quoi équivaut visuellement tel et tel nombre de lux ?

De même dire "pour tel nombre de lux je doit mettre tel diaph" Ça veut dire quoi en terme de rendu ? (je vois que vous avez abordé la question à coup de gris neutre 18%) Et vu que vous avez écrit "j'en parlerai si vous me le faites savoir". Je vous le fais savoir (en vous remerciant d'avance, bien entendu) !

Bien sur je caricature un peu ma pensée, je pense comprendre comment se servir de toutes ces données, mais autant que je fasse comme si je ne savais pas pour éviter de partir sur de mauvaises bases.

Autre question, sur la fiche de la pellicule Kodak 250D:
-L'indication Daylight lumière du jour, sur la pellicule, ca indique quoi ? Parce qu'il ne s'agit pas de la température de couleur, je suppose ? Ça à un rapport avec les Iso ?

Encore une fois, j'espère que ca ne fais pas trop de question.
Merci.

David Gendreau
david-gendreau@falconmovies.net

david gendreau a dit…

Je voudrais juste rajouter, que ce qui, je pense, fais peur la dedans, c'est moins les calculs mathématiques et les différentes feuilles que la traduction d'éléments concrets, car visible, en éléments mathématiques. Le procédé de mise en image en devient complexe car le rapport entre les éléments concrets et les éléments mathématiques n'est pas forcément évident. Et etant donné qu'une personne qui fais la photo, souhaite un résultat visible, on a du mal à comprendre, au premier abord, qu'il puisse arriver à faire ce qu'il a dans la tete par des calculs mathématiques et des nombres. Je pense que c'est ca qui rend la chose apparemment ou compliqué, car cela nous oblige à constamment faire des aller et retours entre la perception sensible et l'intellectualisation.
D'où ma question précédente.

Christophe Larue a dit…

La règle principale dans les domaines artistiques, c'est de travailler la technique dans un premier temps afin que celle-ci soit suffisamment maitrisée pour ne plus gêner la partie créatrice.
Il m'a fallu de nombreuses années et d'innombrables tournages pour savoir où placer une source. Maintenant, c'est beaucoup plus instinctif et "juste" la plupart du temps. Il m'arrive encore de me perdre, de promener une source dans le décor jusqu'à ce que je soit content, mais c'est de plus en plus rare.
Les calculs ne sont pas là pour créer la lumière, mais simplement pour faire les bons choix de puissance, tout ceci pour obtenir l'image que je forme dans ma tête en travaillant sur le scénario et avec le réalisateur.
Les calculs, les tableaux et les données photométriques, même maitrisés au plus haut point ne font pas une bonne image. Mais ils aident à faire les bons choix.
Parce que, en tant que directeur de la photo, ma responsabilité n'est pas simplement de livrer la meilleure photo possible, mais aussi de respecter les contraintes liées au projet en cours. Ces calculs m'ont aussi aidés quelques fois à défendre une liste qui dépassait le budget prévu, car ceux ci justifient mathématiquement les choix effectués: s'il faut quatre 18kW pour obtenir l'image demandée, il est aisé de démontrer par le calcul que si on prend des sources moins puissantes (et donc moins chères), le résultat escompté ne sera pas obtenu.