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lundi 15 février 2010

Carnets de rêves: le dossier. Partie 1.

Avant propos:

Lorsque j'ai rencontré Elodie et Baptiste pour la première fois en 2008, pour parler de leur court métrage "carnets de rêves", leur enthousiasme et la qualité de leur projet m'a tout de suite plu.

Cette entrevue a eu lieu alors qu'aucune production n'était présente ou pressentie. Les ambitions affichées par les deux co-réalisateurs faisaient de ce film "le projet sur lequel il fallait être".

Ancré dans un XIXè siècle onirique, l'histoire est articulée autour d'une ruelle dans laquelle un chanteur, affublé d'une difformité au niveau de la bouche, met en musique les sons présents et traduit les rêves qu'une fille de joie consigne dans des carnets.

C'est à partir de références cinématographiques et de tableaux que le travail de recherche a débuté.


PREPARATION:

Recherches artistiques et iconographiques:

Durant presque une année, au fil de rendez vous sporadiques, j'ai étudié les références données par Baptiste, cherchant tout à la fois à comprendre comment avaient été mis en image les films, et à interpréter les éléments qui plaisaient au réalisateur.

En parallèle, une recherche sur l'éclairage de cette période me permettaient de trouver, en adéquation avec l'équipe de décoration, la justesse tant au niveau des sources praticables (sources dans le champ qui sont autant de justifications des directions et de la qualité de la lumière) que de la colorimétrie de ces dernières.

En effet, dans le Paris de la fin du XIXè siècle, le Baron Haussmann est à l'œuvre et l'électrification de la capitale est en cours. Cependant, les quartiers où se situe le film sont encore éclairés à l'aide de becs à gaz. Bien que le côté onirique du film nous laissait quelques libertés, nous avons opté pour ces derniers pour les extérieurs et pour des lampes à pétrole et des bougies pour les intérieurs.

Parmis les tableaux donnés comme référence par le réalisateur, j'ai remarqué que Rembrandt revenait régulièrement; que ce soit dans son "autoportrait" (image) ou "le philosophe" (image). Deux détails ont retenu mon attention: le modelé du visage avec les traits qui ressortent et l'effet brouillard sans volumétrie (définir) du second tableau, qui n'est pas sans rappeler la technique "Sfumato" utilisée, entre autres, par Léonard de Vinci.



Ensuite, une autre référence était "les enfants du paradis" de Marcel Carné pour le contraste et les directions de lumière marquées.



Par chance, Baptiste étant très bon dessinateur, il avait esquissé quelques croquis d'ambiance qui se sont avérés être autant de pistes supplémentaires de recherche.



Généralement, je travaille à la fois sur les indications du metteur en scène, mais également sur ma vision personnelle du projet et mon interprétation en fonction du scénario, des références et des indices implicites qui ressortent des conversations informelles et des repérages. J'établis ensuite un système de vocabulaire visuel commun à partir des recherches. Par vocabulaire visuel, j'entends la définition de références communes et sur lesquelles nous sommes d'accord. Par exemple, le tableau de Rembrandt "le philosophe" est à la fois contrasté et doux, sans aspérités, sans contours très définis et transitions nettes entre les hautes et basses lumières. Sur d'autres références, ce contraste est beaucoup plus marqué. Il est donc important de se mettre d'accord sur ce que désire le réalisateur et ce qui a retenu son attention dans chaque image.

mercredi 8 juillet 2009

iPhone en tournage

Voici un article concernant les applications pour iPhone utiles et pratiques en tournage.

C'est sur le forum cinematographie.info que ça se passe, sur lequel votre serviteur est co-administrateur avec des personnes de talent.

C'est ici.

Retour au site.

jeudi 21 août 2008

Plan séquence steadicam:

Voici un nouveau sujet ancré dans le réel puisque c'est le problème qui m'est posé actuellement pour un court métrage qui doit se tourner fin septembre.
L'idée (et la demande du réalisateur) est de commencer le plan en hauteur (15 à 20 mètres), de descendre jusqu'au sol pour découvrir un bâtiment blanc. On suit une infirmière qui se rend à son travail. Elle entre dans l'hôpital (le hall), le traverse en croisant de nombreuses personnes, entre dans un couloir, se rend au fond et pénètre dans un vestiaire. On recule en suivant d'autres personnes jusqu'à une porte située au début du couloir. On tourne autour de ces personnes (180°) pour récupérer l'infirmière qui s'est changée. Elle retourne dans le hall (donc on voit l'autre côté par rapport à l'entrée) puis effectue un demi tour pour gravir les escaliers qui mènent au premier étage. Les escaliers effectuent un demi tour (encore !) puis l'infirmière tourne sur sa droite, un fois arrivée sur le palier, pour entrer dans un couloir au bout duquel elle ouvre la porte d'une chambre. Cut.
Oui, je sais, ça picote. Comme on voit tout le hall, il va être difficile de cacher des projecteurs. Et depuis l'extérieur, ça va être compliqué vu qu'au début, le steadicam suit l'infirmière au début et risque donc de faire une ombre sur l'actrice lors de l'entrée dans le bâtiment.
Attendez, c'est pas fini ! Ca se tourne en 35mm, avec la profondeur de champ qui va avec. Or le réalisateur (Michaël Baracoas) aimerai que l'infirmière et l'arrière plan soient nets. Ce qui signifie... Un diaph de au moins 5,6 voire 8 ! Pour celles et ceux qui connaissent, je vous laisse imaginer. Pour les autres, des cours à venir vous permettront de saisir l'ampleur du challenge.
Voici une série de clichés pris lors des repérages qui vous donnent une idée du plan à réaliser:


















Voilà pour le moment. Très prochainement, les premiers éléments des pistes que je compte suivre pour mettre en images ce plan.

mercredi 16 juillet 2008

Les repérages

Je sais, je ne procède pas tout à fait dans l'ordre, mais comme je suis en plein dedans, j'en profite.
Les repérages (visite des décors) sont une étape importante et essentielle dans le travail de préparation du chef opérateur.
Je sais que la visite des décors est importante dans mon travail de recherche. Avec le scénario en tête, je laisse les lieux "me parler" (non, n'appelez les secours tout de suite) parce que la lumière les éclaire d'une façon qui peut les rendre attrayants naturellement.
Et il ne faut pas oublier que si le réalisateur a choisi cet endroit, c'est pour une bonne raison: il raconte naturellement quelque chose pour lui. Il est important de capter cet élément qui l'a accroché, pour le comprendre et l'amplifier.
Comme une bonne image vaut mieux qu'un long discours, voici deux exemples: A chaque fois, je confronte le cliché de repérages avec celui pris au moment du tournage:



Voici un premier exemple: la scène se passe dans la baignoire. Le lieu, lors des repérages, n'est éclairé que par la lumière qui passe par l'oeil de boeuf. Cette lucarne est orientée nord, ce qui signifie que ce qui entre n'est jamais directif. La scène traite d'une personne dépressive et qui va tenter de se suicider. Je vais donc garder le côté froid (bleu).
En plaçant un projecteur HMI (lumière du jour) à l'extérieur qui "tape" sur la baignoire, je sais que celle-ci va se réfléchir sur l'émail de la baignoire et éclairer le reste de la pièce ET la personne qui s'y trouvera. Comme le film est sombre, je n'utiliserai pas de lumière à l'intérieur pour éclairer les zones d'ombre.
Comme on le voit sur le second cliché, cela suffit. Un test avec Sarah Lermoyer, ma chef électrote, confirme mon choix.


Voici un autre exemple:




La scène traite d'un personnage qui se suicide devant son miroir (promis, je parlerai des comédies dès que possible). Si la réalisatrice a choisi cet endroit, c'est pour une bonne raison. La photo de repérages me donne une bonne idée de la façon d'aborder ce décor. La baie vitrée à gauche justifie l'entrée de lumière. Les deux vitres en face me donnent un niveau et la justification du débouchage (éclairage des zones d'ombre pour obtenir du détail plutôt que du noir). Un 2,5kW HMI cinépar derrière la baie vitrée me donne une direction de lumière et le niveau suffisant pour bien exposer. Pour les gros plans, un réflecteur plaqué à droite du miroir, et renvoyant sur le comédien la lumière issue du projecteur sera suffisante. Ainsi, je ne dénature pas l'ambiance du lieu qui a plu, de façon inconsciente, à la réalisatrice lors des repérages.

Tout ça pour dire qu'il faut passer un peu de temps sur les différents lieux de tournage lors des repérages pour comprendre ce qui a arrêté le choix d'un(e) réalisateur(trice) pour tenter de restituer cela lors du tournage.
Il ne faut jamais hésiter, si le choix ne vous apparait pas évident, à lui poser la question.